East is East

22 Août

Je n’envisage pas un séjour à Berlin, sans un passage dans l’une de mes librairies préférées, Modern Graphics.

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Modern Graphics a deux magasins à Berlin. Celui que je fréquente se situe à Kreuzberg, au 22 Oranienstr. C’est le genre d’endroits où il est agréable de fureter pendant des heures. La belle sélection d’éditeurs indépendants permet de prendre le pouls de la BD allemande actuelle.

La BD germanophone ne déchaîne guère les foules en France, malgré le prix Révélation de l’autrichienne Ulli Lust en 2011 à Angoulème, ou plus récemment, le joli succès de La Ronde de Birgit Weye. Pourtant, les albums intéressants ne manquent pas et je reviens toujours avec une ou deux trouvailles dans ma besace. Cette fois-ci, j’ai porté mon choix sur un ouvrage paru en 2009, mais toujours pas traduit en français (avis aux éditeurs !), Grenzgebiete, de claire Lenkova, publié par Gerstenberg et une nouveauté, 17. Juni, d’Alexander Lahl, Tim Köhler et Max Mönch (dessins de Kitty Kahane), paru chez Metrolit. L’histoire récente de l’Allemagne de l’Est et les rapports Est-Ouest constituent souvent une source d’inspiration pour les auteurs allemands (à lire en français, De l’autre côté, de Simon Schwartz) et c’est le cas pour ces deux ouvrages.  Grenzgebiete est un récit personnel sur une enfance à la frontière Est-Ouest, tandis que 17. Juni suit la quête d’Eva, cherchant son amoureux, Armin, disparu au lendemain de l’insurrection de juin 1953 en Allemagne de l’Est.

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Parcourir les rayonnages donne aussi l’occasion de voir la portée de la bande-dessinée francophone en Allemagne. Ce ne sont pas seulement les stars, comme Marjane Satrapi et Joann Sfar (publiés respectivement chez Edition Moderne avant verlag), qui sont traduits en allemand, mais aussi certains auteurs plus confidentiels. Surprise : Carlsen Verlag a lancé une collection destinée aux femmes. Je ne suis pas sûre de ce que je pense de cette initiative, mais les auteurs francophones y sont bien représentées : Pénélope Beaugieu, mais aussi Margaux Motin ou Hubert et Marie Caillou.

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It’s Saturday, Saturday, Saturday…

14 Août

Les Allemands disposent de deux termes pour décrire le samedi. Samstag, le plus ancien, est issu de l’hébreu. Le second, Sonnabend, a été introduit au VIIe siècle par un missionnaire anglais.

J’ai appris l’allemand après la chute du Mur, mais mes manuels dataient d’avant. Peut-être est-ce pour cela que je n’y ai jamais lu le mot Sonnabend.  En fait, je n’ai jamais lu ce mot où que ce soit avant mon premier séjour à Berlin. Le magazine urbain Zitty, qui liste les projections, expos et autres soirées berlinoises, désigne la veille du dimanche par un Sonnabend  fort exotique, là où son concurrent Tip  emploie un Samstag  plus traditionnel. L’ancienne Allemagne de l’Est ayant accepté Sonnabend comme terme officiel, le mot reste usité dans cette partie du pays, de même qu’au nord de l’Allemagne, tandis que Samstag est employé au sud et à l’ouest. Pas étonnant alors que Tip, qui ambitionne d’être lu hors de Berlin, ait opté pour Samstag. En fait, selon mon sondage très scientifique la vingtaine de Berlinois auxquels j’ai posé la question, Sonnabend perd du terrain. Seuls deux personnes l’utilisaient régulièrement et une personne a mentionné que sa grand-mère l’employait…

A lire sur la question :

http://www.spiegel.de/kultur/zwiebelfisch/zwiebelfisch-abc-samstag-sonnabend-a-340668.html

Summer in the city

25 Juil

Back when I was on a payroll, I always volunteered to take my holiday off-season. Being childfree, I was more excited about the idea of getting some winter sun in Depressing December ®, than about leaving the city at the time I like it the most. It has this laid back vibe, people are more relaxed, there are free events coming up left and right.  Now that I’m a freelancer, the summer is usually a busy time for me. All the more reason to plan my holiday in the winter… Now that doesn’t mean I don’t get to mix things up a bit and spend July outside of Paris for once! So, here I am back in Berlin. I think that being mobile is one of the great perks of freelancing and I already spent a month in Berlin not long after I started my business back in late 2011. I’ve documented my stay through a series of posts, so check out the Berlin tag for more thoughts about working abroad, co-working, racial issues in Germany and Berlin newspapers.

While I aim at spending one month a year working away from home, some people have taken it to a whole other level…

Zoë Perry, The nomadic translator, has lived in five different countries in the past seven years, not bad!

Carla, the Globe-trotting Texan, is sometimes a translator, sometimes a travel writer, but always on the road.

A while ago, Sarah Vilece from Tanslating Berlin has given you quite a few reasons why you might want to take your freelance work abroad. Looking for tips to work and travel?

A year ago, Corinne MacKay from Thoughts on translation had a call about taking her business abroad. You can check both Part 1 and Part 2 on the Speaking of translation website

Marta Stelmaszak from Want Words has listed the essentials.

I hope I have inspired you!

 

 

 

 

The times they are a changing

30 Juin

 

Le mois dernier, je me penchais sur l’évolution du franglais au cours des dernières années, mais tout cela ne date pas d’hier.

Le nom de Noël était du reste inconnu à Mme Swann et à Gilberte qui l’avaient remplacé par celui de Christmas, et ne parlaient que du pudding de Christmas, de ce qu’ont leur avait donné pour leur Christmas, de s’absenter – ce qui me rendait fou de douleur – pour Christmas. Même à la maison, je me serais cru déshonoré en parlant de Noël et je ne disais plus que Christmas, ce que mon père trouvait extrêmement ridicule.

Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleur (1919)

Et un peu plus loin…

Mme Swann manquait rarement d’adopter les usages qui passent pour élégants pendant une saison et ne parvenant pas à se maintenir sont bientôt abandonnés (comme beaucoup d’années auparavant elle avait eu son « hansom cab », ou faisait imprimer sur une invitation à déjeuner que c’était « to meet » un personnage plus ou moins important). Souvent ces usages n’avaient rien de mystérieux et n’exigeaient pas d’initiation. C’est ainsi que, mince innovation de ces années là et importée d’Angleterre, Odette avait fait faire à son mari des cartes où le nom de Charles Swann étaient précédé de « Mr ».

 

Bref, les rédactrices de mode n’ont rien inventé avec leurs headbands et leur glitter. Est-ce à dire que le créateur de Mr Bricolage cédait à une coquetterie héritée d’Odette de Crécy et de ses semblables en baptisant cette chaîne de magasins que tout le monde appelle pourtant « Monsieur » et non « Mister » Bricolage. Mystère. En tout cas, il a fait école, car cette coquille fort agaçante me semble apparaître de plus en plus fréquemment dans des textes divers et variés.

Les temps changent

31 Mai

Quand j’étais petite, on disait oeil charbonneux et c’était empreint de mystère. Maintenant, on dit smoky. Perso, ça me fait moins rêver.

Quand j’étais petite, on disait noir, ou éventuellement renoi, suivant le contexte. Maintenant, certains disent black comme si une teinte était un gros mot.

Quand j’étais petite, on disait un DESS ou un DEA. Maintenant, on dit un Master.

Quand j’étais petite, on disait caleçon Maintenant, on dit leggings. Au moins, on ne confond plus avec les sous-vêtements d’hommes systématiquement recouverts d’imprimés dans les années 80.

Quand j’étais petite, on disait bandeau, serre-tête, foulard. Maintenant, on dit headband et je n’ai rien contre les emprunts et l’évolution de la langue, mais quand ça conduit à moins de richesse et de précision, je dis non !

Quand j’étais petite, on disait too much. Maintenant, on dit abusé, parce que ça marche dans les deux sens.

Footnote

22 Avr

Je suis toujours surprise du nombre de traducteurs qui mettent un point d’honneur à ne jamais lire de traductions. Je lis bien entendu énormément en VO, tant en français qu’en langue étrangère, mais l’idée qu’une traduction serait dans tous les cas inférieure à l’original et indigne d’être lue témoigne d’une bien piètre image de son propre métier. Lire des textes traduits, quelle que soit leur qualité, se révèle de toute façon riche en enseignements puisque c’est l’occasion de se confronter aux trouvailles, aux écueils et plus généralement aux choix de traduction présentés dans l’ouvrage.

Un choix éditorial tend à m’agacer : l’abus de notes de traducteur dans des oeuvres « légères ». Je sais que certains apprécient les explications et commentaires sur la culture du roman d’origine, mais lorsque je lis un polar ou de la chick lit, par opposition à un essai, les notes de bas de page ne font que m’interrompre dans ma lecture. Et, non, je ne peux pas simplement faire abstraction ! Le traducteur m’apparaît alors comme un Monsieur je sais tout pontifiant.

Il y a quelques mois, je lisais la traduction d’Olivier Hamilton de L’Aiguille dans la botte de foin (Ernesto Mallo). J’avoue que je serais passée à côté de nombreuses références sans ses abondantes N.d.T, mais était-ce bien nécessaire d’expliquer dès la première apparition du surnom du héros, Perro : « En espagnol, « Le chien », allusion au flair comme au caractère lugubre et solitaire du personnage» ? Tandis que le lecteur hispanophone peut réagir librement aux évocations du surnom, le lecteur francophone a droit à une analyse de texte, alors que le roman ne fait que commencer.

Plus gênant, certaines notes de traducteur du recueil de nouvelles C’est pas la fin du monde, de Kate Atkinson (traduction d’Isabelle Caron), prêtent carrément à sourire.

Ainsi, selon une note, «Les goths sont un avatar des punks : outre des vêtements noirs, ils arborent de longs cheveux noirs, un maquillage blanc, du vernis à ongles et du rouge à lèvres noir.» Une vision un peu restrictive du mouvement gothique, qui n’est pas, loin de là, limité aux pays anglo-saxons !

Plus loin, évoquant la série Urgences, la traductrice choisit de conserver le titre original, E.R., mais indique en note de bas de page : «Feuilleton d’humour noir américain dont l’action se situe dans un hôpital.» Le texte est paru en France en 2003, alors qu’Urgences, diffusé par France 2 depuis 1996, jouissait d’un franc succès.

Parfois, j’aimerais qu’au lieu de me prendre par la main et de m’accompagner dans ma lecture, traducteur et éditeur me fassent confiance et me laisse vagabonder librement au fil des pages.

 

Rendez-vous

29 Mar

L’affaire est désormais rodée. Comme chaque année, traducteurs et éditeurs avaient rendez-vous à la veille de l’ouverture officielle du Salon du Livre pour les Rencontres de la traduction. Des tables rondes, des interventions, l’occasion d’échanger quelques mots entre confrères et un objectif de réaffirmer la place de la traduction et des traducteurs au sein de la chaîne des métiers du livre.

La première table ronde, Traduire hier aujourd’hui et demain, présentait un état de lieu de la profession et de son évolution depuis la création de l’ATLF, qui a vu le nombre de ses adhérents décupler en quarante ans. Les intervenants ont partagé leur expérience et l’un des thèmes qui a émergé est celui de la professionnalisation, et avec lui, la question de la formation. L’école de traduction littéraire du CNL a récemment ouvert ses portes. Ses 16 premiers élèves traduisent 14 langues, ont en moyenne 35 ans et 3 à 4 publications à leur actif. Parallèlement, depuis la première formation lancée par l’institut Charles V à Paris, on assiste à la création désordonnée de nombreux Masters de traduction littéraire. Au total, pas moins de 120 étudiants, parmi lesquels 90 anglicistes en sortent diplômés chaque année, une aberration. Cette situation fait écho à celle de la traduction audiovisuelle abordée lors de la quatrième et dernière table ronde, Traduire l’image. Alors que l’on compte 600 à 800 adaptateurs en exercice, 100 nouvelles personnes entreraient chaque année sur le marché, soit un volume bien trop important pour être absorbé.

M’étant déjà penchée sur la question, j’étais particulièrement intéressée par cette dernière table ronde, qui promettait un parallèle entre les métiers de l’adaptation audiovisuelle et ceux de la traduction de bande-dessinée et romans graphiques. Je dois avouer que j’ai été amèrement déçue, puisque le débat s’est résumé à une présentation de la situation actuelle des adaptateurs de sous-titrage et de doublage. Le sujet n’est pas inintéressant, mais n’a pas de lien direct avec le livre et la traduction d’édition. Et plus qu’une réflexion sur un thème, il s’agissait de la présentation d’informations déjà disponibles dans de nombreux articles et notamment sur le site de l’Ataa, dont la présidente était l’une des intervenantes.

Auparavant, Traduire les sciences sociales présentait les enjeux et difficultés de ce secteur. J’ai retenu que l’anglais et l’allemand étaient les deux principales langues des ouvrages de sciences humaines, mais pas nécessairement les plus représentées dans le fascicule publié par l’EHESS, 32 ouvrages à traduire. Un point pour la diversité des langues !

De diversité il était également question dans la deuxième table ronde, Traduire au-delà des frontières, qui a abordé les thèmes de la traduction d’une « petite » langue comme l’islandais, ou de la littérature de genre, ou encore du passage de la traduction éditoriale à la traduction dite pragmatique. J’ai beaucoup aimé l’intervention de Débora Farji-Haguet, qui revendique fièrement les deux casquettes et qui, comme moi, se présente tout simplement comme « traductrice ». J’ai apprécié également les commentaires d’Eric Boury, refusant la barrière entre les « belles lettres » et le reste. J’estime qu’un point fort de ces rencontres étaient précisément de donner la parole à des traducteurs d’essais, de polars et de fantasy, au moins tout aussi représentatifs de la profession que ceux de Shakespeare ou de Goethe. J’espère que cette tendance se confirmera lors des prochaines rencontres. Rendez-vous dans un an !