Imagine

20 Juin

Les spectateurs modernes ont-ils perdu toute capacité d’imagination ? Dans une émission diffusée le 17 juin par France Culture, l’art du sous-titrage et du doublage, les intervenants ont évoqué brièvement la notion de suspension de l’incrédulité. Le spectateur d’une oeuvre de fiction accepte temporairement de mettre  de côté son scepticisme. Comme un enfant joue à faire semblant, le spectateur joue le jeu d’une réalité imaginaire. Dans le cas du doublage, il accepte de voir des acteurs étrangers dans un contexte étranger s’exprimer en français. C’est une convention qui a une longue tradition dans le pays de doublage qu’est la France.  Le gros des productions diffusées en France est d’origine étrangère et la plus grande partie de ces émissions est doublée, une situation qui n’a évolué que relativement récemment avec l’avènement des chaînes câblées.

Pourtant, le doublage est décrié aujourd’hui et beaucoup ne jurent que par la VO sous-titrée, que ce soit via chaînes câblées, DVD, streaming ou téléchargement illégaux. Grosse consommatrice de séries anglo-saxonnes depuis l’enfance, d’abord doublées sur les chaînes hertiziennes, puis en VO sous-titrée grâce au câble et enfin en VO sur DVD ou lors de mes séjours dans la perfide Albion, je continue de préférer un bon doublage à un mauvais sous-titrage. C’est pourquoi je me suis demandée ce qui poussait certains à préférer visionner des séries au sous-titrage amateur très médiocre plutôt que la version doublée lorsqu’elle était disponible. En effet, nombreux sont ceux qui aujourd’hui affirment « ne plus pouvoir » regarder de séries doublées. C’est un peu fort, non ? Pour certains, cela relève d’une forme de snobisme, mais pour d’autres, j’y vois une perte de cette capacité à faire semblant, un phénomène comparable à la réaction de jeunes spectateurs face à des effets spéciaux un peu datés.

« C’est pas possible ; ça se passe aux Etats-Unis et ils parlent français. » C’est en bref la réponse qu’a obtenu ma question, lors de mon enquête informelle. J’ai discuté notamment avec une amie qui regarde beaucoup de séries en VO sous-titrée, voire en VO tout court avec son copain. Leur compréhension de l’anglais est suffisamment limitée pour qu’ils ne remarquent pas nécessairement, outre les fautes d’orthographes et le repérage approximatif, les erreurs de sens parfois grossières des fansubbers. Pour la version sans sous-titres, ils interrompent le visionnage si nécessaire pour s’interroger mutuellement sur une réplique importante. Dans tous les cas, ils accordent davantage d’importance au fait d’être plongés dans l’atmosphère originale de la série qu’à celui de comprendre parfaitement l’intrigue et les dialogues. Une exception : ils regardent encore avec plaisir des séries des années 90 qu’ils ont connues en VF enfants… du temps où ils faisaient encore semblant.

Publicités

6 Réponses to “Imagine”

  1. Laurent 20 juin 2012 à 12:47 #

    Snobisme ? Certainement pas. Je fais partie de ceux \”qui ne peuvent plus\”. Tout simplement parce que, n\’en déplaise aux doubleurs, un doublage n\’est jamais aussi naturel que l\’original. Je pense notamment à la synchro labiale, forcément imparfaite (et encore, en français, on est plutôt bien blottis, il faut voir ce qui se fait en Espagne ou en Italie notamment). Pourquoi s\’obstiner à coller des voix sur celles des acteurs, qui, les pauvres, en perdent leur langue ?

    Alors certes, les mauvais sous-titres sont aussi une plaie. La solution que je privilégie, si je dois vraiment mettre des sous-titres : la VOSTVO! Un film anglais avec des sous-titres anglais, par exemple. Mais bien sûr, il faut connaître un minimum la langue et les ST ne doivent servir que de béquille (pour comprendre les accents différents, les expressions inconnues, etc).

    Si ce n\’est pas une solution. Et bien je préfère malgré tout les sous-titres au doublage. J\’ai récemment vu \”Le Bon, la Brute et le Cinglé\”, un film coréen déjanté. Et bien ce genre de films perd beaucoup au doublage ! Sans compter que la compréhension d\’un film s\’appuie également sur tous les éléments non verbaux présents à l\’image.

    Donc je le répète, des sous-titres doivent servir à aider la compréhension (sous peine d\’être rivé au bas de l\’écran pendant tout le film/la série). Et dans ce cas, une traduction médiocre, tant qu\’elle n\’est pas bourrée de contresens et faux sens, en devient (presque) supportable

    • tongueincheck 20 juin 2012 à 1:03 #

      J’ai bien dit snobisme « pour certains ». J’aurais tout intérêt à promouvoir le sous-titrage, puisque je sous-titre, mais que je ne double pas. Et je comprends parfaitement qu’on préfère le (bon) sous-titrage au doublage. Je suis plus étonnée quand il s’agit de confronter le bon au mauvais. A ma connaissance, la VOSTVO est surtout utilisée à des fins pédagogiques et réalisée par des professionnels. Hormis, quelques contre-sens évités, un fansubbing en VOSTVO souffrirait sans doute des mêmes défauts qu’un fansubbing en VOST.
      Pour ce qui est éléments non-verbaux présents à l’image, c’est justement là où le sous-titrage, même bon, implique un compromis. Le doublage est une atteinte à la bande-son, le sous-titrage à la bande-image. Dans les deux cas, c’est toujours mieux s’ils sont de qualité.

      • Et la qualité ?! 22 juin 2012 à 1:11 #

        « Une exception : ils regardent encore avec plaisir des séries des années 90 qu’ils ont connues en VF enfants… »

        Certes, mais c’était surtout une époque où les doublages étaient encore faits correctement. Aujourd’hui, les distributeurs américains de séries et les chaînes ont forcé les studios de doublage (et donc les auteurs) à casser les prix (et c’est encore pire en sous-titrage). De plus, le doublage/sous-titrage étant la 100e roue du carrosse et arrivant en bout de chaîne, il souffre particulièrement du raccourcissement des délais de travail.

      • tongueincheck 22 juin 2012 à 2:22 #

        La folle baisse des prix de la traduction audiovisuelle n’est plus à démontrer, mais les personnes de mon exemple n’ont pas de problème à regarder des programmes sous-titrés par des fansubbers au repérage déplorable et à la traduction truffée d’erreurs et de fautes d’orthographe. Leur aversion vis-à-vis du doublage ne tient donc pas uniquement à une baisse de qualité.

  2. Ayant lu ce billet avant-hier, et ayant écouté l’émission de France Culture hier, je trouvais intéressant de tomber aujourd’hui sur cet article dans The Economist (http://www.economist.com/blogs/johnson/2012/06/chinese-and-manchu) qui parle de l’utilisation (déplacée ?) de dialogues en mandarin dans des séries télé chinoises …

  3. tongueincheck 27 juin 2012 à 8:53 #

    Merci pour l’article, Catharine !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :