Je suis toujours surprise du nombre de traducteurs qui mettent un point d’honneur à ne jamais lire de traductions. Je lis bien entendu énormément en VO, tant en français qu’en langue étrangère, mais l’idée qu’une traduction serait dans tous les cas inférieure à l’original et indigne d’être lue témoigne d’une bien piètre image de son propre métier. Lire des textes traduits, quelle que soit leur qualité, se révèle de toute façon riche en enseignements puisque c’est l’occasion de se confronter aux trouvailles, aux écueils et plus généralement aux choix de traduction présentés dans l’ouvrage.
Un choix éditorial tend à m’agacer : l’abus de notes de traducteur dans des oeuvres "légères". Je sais que certains apprécient les explications et commentaires sur la culture du roman d’origine, mais lorsque je lis un polar ou de la chick lit, par opposition à un essai, les notes de bas de page ne font que m’interrompre dans ma lecture. Et, non, je ne peux pas simplement faire abstraction ! Le traducteur m’apparaît alors comme un Monsieur je sais tout pontifiant.
Il y a quelques mois, je lisais la traduction d’Olivier Hamilton de L’Aiguille dans la botte de foin (Ernesto Mallo). J’avoue que je serais passée à côté de nombreuses références sans ses abondantes N.d.T, mais était-ce bien nécessaire d’expliquer dès la première apparition du surnom du héros, Perro : « En espagnol, "Le chien", allusion au flair comme au caractère lugubre et solitaire du personnage» ? Tandis que le lecteur hispanophone peut réagir librement aux évocations du surnom, le lecteur francophone a droit à une analyse de texte, alors que le roman ne fait que commencer.
Plus gênant, certaines notes de traducteur du recueil de nouvelles C’est pas la fin du monde, de Kate Atkinson (traduction d’Isabelle Caron), prêtent carrément à sourire.
Ainsi, selon une note, «Les goths sont un avatar des punks : outre des vêtements noirs, ils arborent de longs cheveux noirs, un maquillage blanc, du vernis à ongles et du rouge à lèvres noir.» Une vision un peu restrictive du mouvement gothique, qui n’est pas, loin de là, limité aux pays anglo-saxons !
Plus loin, évoquant la série Urgences, la traductrice choisit de conserver le titre original, E.R., mais indique en note de bas de page : «Feuilleton d’humour noir américain dont l’action se situe dans un hôpital.» Le texte est paru en France en 2003, alors qu’Urgences, diffusé par France 2 depuis 1996, jouissait d’un franc succès.
Parfois, j’aimerais qu’au lieu de me prendre par la main et de m’accompagner dans ma lecture, traducteur et éditeur me fassent confiance et me laisse vagabonder librement au fil des pages.


